A l’extrémité du Cap d’Antibes, sur un magnifique terrain arboré de 11 hectares, se dresse la villa Eilenroc, édifiée dans les années 1860 sur les plans du célèbre architecte Charles Garnier, qui venait de construire les opéras de Paris et Monte-Carlo. C’est un Hollandais. Mr Hugh-Hope Loudon, ancien gouverneur des Indes néerlandaises, qui avait fait l’acquisition de cet immense domaine qu’il baptisa de l’anagramme du prénom de son épouse. Cornélie.
De style gréco-romain, ornée de colonnes corinthiennes et d’escaliers monumentaux, la villa lut aménagée une première fois à la lin du siècle dernier.
Mr Hugh-Hope Loudon s’étant séparé de sa femme. quitta Antibes et mit en vente le domaine, qui changea dès lors maintes fois de propriétaire. Se succédèrent James Wyllie, philanthrope écossais de retour des Indes, où il avait vécu trente-cinq années, Sir Coleridge Kennard, M. Harris Sudreau, qui brigua un temps la mairie d’Antibes, et enfin un richissime Américain, Mr Louis Dudley Beaumont, dont la veuve aujourd’hui disparue donna la propriété à la ville pour quelle en fit une fondation municipale destinée à accueillir les hôtes de marque.
Eilenroc avait bien changé: L.D. Beaumont entreprit en effet, de 1927 à 1939, de redécorer la maison dans l’esprit de son époque. N’hésitant pas à faire appel, à de jeunes artistes contemporains dont le style Art-Déco était alors trés en vogue. Par ailleurs il y installa sa très belle collection (de meubles et de tableaux XVIIIème). Welles Bosworth, architecte de renom qui menait à bien la restauration du chateau de Versailles fut engagé, ainsi que le célèbre décorateur Willy Baumgarten, dont les affaires place Vendôme à Paris et 5ème avenue à New-York connaissaient une notoriété mondiale.
C’est à eux que l’on doit les somptueux aménagements intérieurs d’Eilenroc. Malheureusement de nombreux tableaux et meubles disparurent durant la dernière guerre de la demeure de Mrs Beaumont, laquelle ne revint après la mort de son mari que très rarement à Eilenroc, préférant s’installer définitivement à Monte-Carlo, où elle mourut.
En 1982, elle fit don à Antibes de la villa et des 11 hectares y afférent, à charge pour la Municipalité de restaurer et entretenir l’ensemble, ce qui fut fait et bien fait. Grâce au talent des artisans du Vieil-Antibes, dont le savoir-faire est connu de tous les antiquaires, grâce aux spécialistes des ateliers municipaux et au musée Picasso, les salons de réception, les bibliothèques, les chambres et les salles de bains retrouvèrent leur lustre et leur éclat d’antan.
A noter qu’en décembre 1988, lors de la conférence des chefs d’Etats Africains. M. François Mitterrand. Président de la République, fut l’hôte de la villa Eilenroc.
Don de la villa à la commune d’Antibes
Monsieur le Maire et cher ami,
En raison des amicales relations que j’entretiens avec vous et en considération de l’attachement que je porte à la ville d’Antibes où j’ai vécu de si heureuses années avant la guerre, j’ai décidé de faire don à la ville d’Antibes de ma propriété d’Eilenroc que vous connaissez bien, pour que la population de votre ville en profite en souvenir de moi.
(…) Comme conditions essentielle de la présente donation, la commune d’Antibes s’oblige par son représentant, Monsieur Pierre MERLU, ès-qualités, à la création d’une institution privée désintéressée dont les formalités de constitution devront être entreprises au plus tard dans le délai d’un an à compter du jour du décès du donateur.
Cette institution portera le nom de « FONDATION Mrs L. D. BEAUMONT » pour une durée indéfinie.
Elle devra se consacrer à des activités d’intérêt général et municipal, de type culturel et touristique (Expositions, réceptions d’hôtes de marque, etc…)
Cette institution aura son siège à la villa « EILENROC ».
Elle édictera son propre règlement intérieur.
Elle sera administrée par un conseil composé de neuf membres nommé par Monsieur
Pierre MERLI en sa qualité de Président Fondateur et, après lui, par le Maire de la commune d’Antibes.
Courier de H.D à Beaumont, le 26 février 1982.
Son livre d’Or
“Le Cap d’Antibes est le séjour le plus enchanteur de la terre”, se plût à écrire Anatole France. Aussi les grands de la planète affluèrent-ils dès le début du siècle en cet Eden retrouvé. Beaucoup d’entre eux figurent parmi les hôtes privilégiés de la villa Eilenroc. Princes et Maharadjahs. Rois et Reines, à l’instar de Léopold de Belgique, de la Reine Victoria, de la Reine de Saxe ou de Don Pedro d’Alcantara y rencontrèrent peut-être, au détour dune allée, un certain Mr Carnegie, à qui nombre de vedettes durent leur consécration sous les lustres du mythique « Carnegie Hall » ou Stephen Liegard, sous-préfet aux champs qui inspira Daudet et sans qui la « Côte d’Azur » ne serait pas ce qu’elle est: ou bien encore Lord Brougham, que le hasard d’une bouillabaisse appréciée incita à « créer » Cannes. Jules Halévy, auteur des livrets de Jacques Offenbach, ou Claude Monet, rêvèrent sans doute fàce au soleil couchant nimbant les Bots nacrés… Tout au long du livre d’or s’écoule le temps perdu et retrouvé: Princesses de Sagan, de la Rochefoucauld, Grand-Duc Nicolas de Russie, Prince Jules Ouloussof, Duchesse de Nassau, Henri d’Orléans, lady and Miss Molvneux, Edmond de Pourtales, Gréta Garbo, Scott Fitzgerald et autres Gatsby magnifiques. Les souvenirs défilent, et la liste est loin d’être exhaustive. D’ailleurs tenez… Fermez les yeux… Peut-être entendez-vous le moteur d’une « lsotta Frascini » qui descend l’allée… Rudolf Valentino, l’amant du monde, vient dîner ce soir à Eilenroc.
Plus d’information sur le site officiel d’Antibes Juan-les-Pins.